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EFT: Le Graffeur et la Police


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Sylvie Perchet nous décrit une série de trois séances avec Sasha (pas son vrai nom) qui s’est trouvé complètement bloqué après une arrestation injustifiée. L’approche que Sylvie a choisie et qui permis la libération complète et durable du traumatisme profond et complexe de son client, montre encore une fois l’importance de mettre la technique à la portée du client au lieu de demander au client de s’adapter à la technique.

Sasha, le fils d’une de mes amies, qui avait traversé une adolescence assez tumultueuse, a décidé de mettre à profit ses talents de graffeur pour en faire son métier. Pour l’aider dans ses débuts, un autre de nos amis a proposé à celui-ci de faire une fresque dans sa cour visible depuis la rue. En effet, un grand mur bétonné y offrait une surface grise de triste aspect. Au lieu de planter des arbustes et autres décorations, mon ami a pensé qu'une grande fresque sur ce mur serait une bonne idée et nécessiterait beaucoup moins d'entretien ! Il a donc contacté Sasha pour la réaliser et en pensant que cela lui ferait un bon exemple à montrer dans son book.

 Le graffiti devait se faire pendant les vacances d’été afin que ses enfants aient la surprise en rentrant.  Malheureusement, des policiers en patrouille de surveillance l'ont arrêté, pensant qu'il s'agissait d'une dégradation de biens. Après avoir contacté le propriétaire, la police a libéré le jeune artiste pour qu’il puisse reprendre son travail. Mais patatras ! Sasha ne pouvait plus faire que  de légères retouches sur ce qu'il avait déjà réalisé. Il ne parvenait pas à achever la fresque, comme si le gris du béton le repoussait. Le blocage était total.

Ayant déjà eu l’occasion de faire quelques séances avec lui pendant son adolescence, sa mère lui a proposé de faire appel à moi. La fin des vacances approchant, il y avait urgence.

Procrastination

Lors de notre première rencontre, il me raconta toute l’histoire et nous avons tapoté de façon classique sur les blocages (même si j’ai ce blocage … c’est comme ça maintenant, même si je n’arrive pas à retrouver de l’énergie… etc.). À la fin de la séance il était apaisé mais ne pouvait toujours pas reprendre la fresque. Au vu de l’urgence nous avons convenu de recommencer le lendemain.

Lors de la deuxième séance, il m’a surtout parlé de l’attitude des policiers au prétexte qu’il avait fait des bêtises, (notamment des tags, usage du cannabis…), quand il était plus jeune. Il est vrai qu’il avait déjà été arrêté deux fois.

Il est particulièrement revenu sur le moment où les policiers lui avaient aient passé les menottes. Ce souvenir le bloquait, le paralysait. C’est pourquoi je lui ai proposé de faire le lendemain une séance utilisant la technique du film, ciblant ce moment précis, dans le but de le libérer de son traumatisme. Il connaissait la technique que nous avions déjà pratiqué à d’autres moments de sa vie où il avait été confronté à des abus d’autorité et fait exploser son sentiment d’injustice.

Nous avons donc tout de suite commencé par désigner le titre du film. Il choisit tout d’abord « L’Arrestation », sur lequel nous avons tapoté.

En lui demandant de décrire comment il voyait ce titre, il m’a dépeint quelque chose qui ressemblait à une affiche de film. Connaissant son intérêt pour les aspects graphiques, je lui ai suggéré d’envisager ce moment comme un roman graphique ou une bande dessinée. Il a trouvé cette proposition intéressante, car elle lui permettrait de s’arrêter facilement sur chaque montée d’émotion.

couverture bd entrave

Je lui ai demandé de me décrire les images qu’il aurait dessinées s’il devait réellement mettre en scène ce récit sur papier ou sur écran.

Nous avons donc recommencé avec le titre en l’envisageant intégré dans la page de couverture de l’album. Le titre portait cette fois le nom de « l’Entrave » et le dessin de la couverture représentait deux mains menottées et le chiffre 3 qui représentait sa troisième arrestation. Nous avons tapoté sur tous les aspects qui généraient une émotion dans cette image et plus particulièrement son association avec le froid du métal des menottes et le froid qu’il ressentait dans le corps quand il était confronté à l’injustice.

Puis nous avons travaillé en découpant l’histoire comme une bande dessinée en illustrant chaque moment fort par une case. Cette façon de faire nous a permis une profonde exploration des différents aspects des émotions ressenties et d’être vraiment spécifiques. Le travail case par case a aussi permis de ne pas aller trop vite. Image après image, le tapotement a permis de faire descendre les tensions liées à l’arrestation.

Il me décrivait ces images comme s’il était réellement en train de les dessiner. Il rajoutait des détails, des bulles de texte ainsi que des encarts de texte permettant de faire des liens entre les cases.

Ce travail a duré presque trois heures et, contrairement aux deux séances précédentes, grâce aux images qu’il avait dans la tête, il trouvait très facilement les mots pour décrire ce qu’il ressentait.

la clé des menottes

La dernière image de sa bande dessinée était une clé : la clé des menottes qui l’entravaient ! Ses mains désormais libres pouvaient enfin saisir ses bombes de peinture et reprendre la fresque sur le béton gris. Le blocage était levé, c’était la résolution.

Cette nuit-là, Sasha a bien dormi. Le matin, il s'est rendu au mur où il devait reprendre la fresque pour évaluer le travail restant. À sa grande surprise, m'a-t-il confié, il a facilement pu continuer son œuvre là, où auparavant, il ne parvenait qu'à retoucher ce qui était déjà fait. La fresque, achevée dans les temps, fut un succès et lui permit d'obtenir ses premiers contrats.

Jamais je n’aurais envisagé de procéder ainsi si je n’avais pas connu le goût de Sasha pour le dessin sous toutes ses formes. J’ai pu vérifier et confirmer l’importance d’accueillir le client exactement où il est. Dans le cas de Sasha c’était de pouvoir s’exprimer visuellement, à sa façon très personnelle, et d’être compris.  Ce qui à son tour a levé son blocage des mots, nécessaires, entre autres, pour dénoncer des injustices ! J’ai aussi trouvé cette expérience très intéressante par la manière dont elle a permis à Sasha de bien identifier les moments générateurs d’émotion.

L’expérience prouve qu’avec le dessin virtuel, le processus est toujours plus rapide, et très souvent plus fluide, que quand on a recours au papier et aux crayons de couleur.

De plus, parce que le dessin est virtuel, cette solution permet de la proposer à des personnes qui n’osent pas montrer leurs dessins, de peur de se sentir jugées.

Dans notre société où les bandes dessinées, mangas et autres romans graphiques sont de plus en plus en vogue, je pense que cela offre une solution particulièrement riche et souple, permettant d’éviter la précipitation du récit qui peut conduire à négliger beaucoup aspects, notamment chez les jeunes.


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